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Dimensions: 280 x 346 x 120 cm ; 110 1/4 x 136 1/4 x 47 1/4 in.
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Provenance: Alexander Iolas, Athènes
Transmis par descendance au propriétaire actuel
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Notes: Exécuté en 1970.
fibreglass and painted polyester. Executed in 1970. En 1970 lorsque Niki de Saint-Phalle réalise La machine à rêver, elle est déjà le sculpteur des fameuses Nanas. Elle a eu l'occasion de leur donner une dimension spectaculaire lors de l'exposition d'une sculpture monumentale dans l'entrée du Moderna Museet à Stockholm qu'ils réalisent avec Per Olof Ultvedt et Jean Tinguely au mois de juin 1966. Cette Nana intitulée Hon (elle en suédois), de 28 mètres de longueur, 9 mètres de large et 6 mètres de hauteur, rappelle l'obstination de Niki de Saint-Phalle depuis l'enfance pour « faire les plus grandes sculptures de sa génération. » (Pontus Hulten, Niki de Saint-Phalle, p. 145, 1999). Cette Nana monumentale donne aussi l'ampleur du rêve d'émancipation féminine auquel songe l'artiste. Du 5 au 28 février 1970, la Galerie Alexandre Iolas organise à Paris une exposition personnelle de Niki de Saint-Phalle intitulée Le rêve de Diane, dans laquelle l'artiste présente une grande sculpture éponyme de l'exposition, révélant un enchevêtrement de formes chimériques, l'un des grands thèmes récurrent abordés dans son aeuvre avec celui des Nanas. La machine à rêver s'apparente à cette aeuvre et se réfère par la liberté de sa composition à l'intimité la plus profonde de l'artiste.
Dans des lettres qui n'ont jamais été envoyées, Niki de Saint-Phalle s'adresse à un correspondant imaginaire et livre habilement sa pensée qui éclaire la compréhension et la portée de son aeuvre en général.
L'une de ces lettres, datée NYC. Oct. 91 et dédiée à Pontus Hulten, fait assurément penser à La machine à rêver. L'artiste y évoque le rêve comme moyen de se protéger et de s'aider à construire sa vie sur terre.
« Une chose me sauva durant ces difficiles années d'adolescence : MA BOÎTE MAGIQUE SECRETE ET IMAGINAIRE cachée sous mon lit. Elle était faite d'un précieux bois sculpté, incrusté d'émaux aux riches couleurs.
NUL AUTRE QUE MOI NE POUVAIT VOIR LA BOÎTE.
Quand j'étais seule je l'ouvrais et il en jaillissait toutes sortes de poissons extraordinairement bariolés, de génies, de fleurs sauvages au parfum délicieux.
Dans cette boîte qui n'était qu'à moi je gardais mes premiers poèmes, mes premiers rêves de grandeur.
LA BOÎTE ETAIT MON REFUGE SPIRITUEL, le commencement d'une vie où eux, mes parents ne pourraient pénétrer. Dans la boîte je déposais mon âme. Je m'entretenais avec elle. Puisqu'il m'était impossible d'avoir une relation profonde avec ma famille, je commencerais à communiquer avec moi-même. De là vient mon éternel besoin de SOLITUDE. C'est dans cette solitude que me viennent les idées pour mon travail. La solitude est aussi nécessaire à ma création que l'air à mes poumons.
Encore aujourd'hui, Pontus, ma boîte magique est sous mon lit. Je l'ouvre tous les jours. Ma structure, ma colonne vertébrale, mon squelette sont dans la boîte.
Parfois elle est remplie de sable, j'ai cinq ans de nouveau, construis des châteaux et rêve de palais.
Ma boîte remplace le monde des adultes auquel je me suis habituée avec difficulté et dont je ne suis pas folle.
La boîte m'a empêchée de devenir une personne cynique et sans illusion.
C'est la boîte de Pandore. Ce qui demeure en elle, c'est l'espoir. »
(Pontus Hulten, Niki de Saint-Phalle, pp. 150-151, 1999) Dans La machine à rêver, la Nana solitaire assise à côté de la chimère, c'est elle, Niki de Sain-Phalle qui observe posément la complexité selon laquelle son caeur et son esprit lui font apparaître la vie.
Si Le rêve de Diane se réfère à la déesse italique, identifiée dans le panthéon hellénique à la Dame aux fauves, protectrice des Amazones, comme elle guerrières et chasseresses, et comme elle indépendantes du joug de l'homme, La machine à rêver ne montre-t'elle pas un portrait émouvant de l'artiste. Les formes sinueuses en décrivant dans un entrelacs de roues et d'engrenages, une mécanique éthérée et flottante, qui semble suspendue au fil de l'esprit de celui qui la regarde, évoquent les aeuvres mécaniques impénétrables de Jean Tinguely. La vision de l'homme de Niki de Saint-Phalle est ainsi exprimée dans le monstre maquillé comme la Nana assise à ses côtés. La maîtrise d'exécution de cette oeuvre prouve avec brio que l'artiste n'a rien à désirer des aeuvres réalisées par ses compagnons masculins.
La machine à rêver est touchante par son intimité. La liberté des formes et des couleurs qu'elle utilise, rappelle un extrait d'une seconde lettre imaginaire de Niki de Saint-Phalle adressée à sa mère dans laquelle elle dit, « Moi je montrerais. Je montrerais tout. Mon caeur, mes émotions. Vert-rouge-jaune-bleu-violet. Haine-amour-rire-peur-tendresse. », (Pontus Hulten, Niki de Saint-Phalle, p. 186, 1999), ne sont-ce pas là les couleurs mêmes de La machine à rêver.
Fig. 1. Niki de Saint-Phalle pose pour une couverture du magazine Life, New York, 1949. - © Arnaold Newman.
Fig. 2. Visiteurs pénétrant dans Hon, Moderna Museet, Stockholm, 1966. - © Hans Hammarskiöld.
Fig. 3. Niki de Saint-Phalle et Le rêve de Diane. - © Brigitte Hellgoth.
Fig. 4. Niki de Saint-Phalle, Le rêve de Diane, 1970, polyester peint. - © Laurent Condominas.