Lot 15 : Henri Le Douanier Rousseau (1844-1910)
Auction Location: United Kingdom - 2001
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Description:
Portrait de L‚on-Paul Fargue signed and dated 'Henri Rousseau 1896' (lower right) oil on canvas 32 x 25 5/8in. (81.3 x 65.3cm.) Painted in 1896 PROVENANCE Galerie Van Leer, Paris. Adolf Basler, Paris, before 1934. Acquired from the above by the grandparents of the present owner in February 1934. LITERATURE L. P. Fargue, Le Pi‚ton de Paris, Paris, 1939. E. de la Rochefoucauld, L‚on-Paul Fargue, Paris, 1959, p. 33. H. Certigny, La verit‚ sur Le Douanier Rousseau, Paris, 1961. H. Certigny, Le Douanier Rousseau et son temps, vol. I, Tokyo, 1984, p. 108. EXHIBITION (Probably) Paris, Salon des Ind‚pendants, 1898 (under the title Portrait ). Paris, Grande Maison de Blanc, Le Douanier Rousseau, 1925, no.27. Paris, Galerie Van Leer (an undated exhibition label attached to the stretcher). NOTES Sold with certificates from Dora Vallier dated 'Paris, 17 mai 1985' and from Yann Le Pichon dated 'SŠvres, Le 30 novembre 2000'. Portrait de L‚on-Paul Fargue has been in the collection of the present owner's family since its purchase from Rousseau's biographer and dealer Adolf Basler in Paris in June 1934. The invoice for the purchase, addressed rue de SŠvres where Basler is known to have had a gallery in the mide 1930s, describes the picture as 'une huile sur toile, encadr‚e, de "Douanier Rousseau" sign‚e et dat‚e 1896, portrait de L'‚crivain L. P. Fangues [sic]'. According to Yann Le Pichon, it is probable that the work was first exhibited at the Salon des Ind‚pendants in 1898 under the simple title 'Portrait'. Thereafter it was last seen publicly in an exhibition dedicated to Rousseau at the Grande Maison de Blanc in 1925. After its acquisition by the present owner's family in 1934 it has not been exhibited. References to this magnificent 'lost' portrait are many. L‚on-Paul Fargue himself discusses the painting in Le Pi‚ton de Paris in 1939 and Henry Certigny makes mention of the work in his La Verit‚ sur Le Douanier Rousseau in 1961 and then later in his catalogue raisonn‚ of 1984. As Certigny points out, the painting was not given to Fargue the sitter, nor was it in Rousseau's studio when he died. Fargue's own memories recall his meeting with Rousseau in Montparnasse, the circumstances under which the oil came to be painted and also give a graphic account of what the painting looked like: 'Alfred Jary and I came across him [Rousseau] one day amongst the caf‚s [of Montparnasse]. He finished by inviting us to his studio without a second thought. He did not waste time before painting portraits of each of us in turn. He painted me with the pointed beard which I wore in those days, against a window past which a train streamed by with a heavy smoke plume reminiscent of a proud charging knight on horseback. I do not know what became of this portrait, which he did not let me keep. In those days he used to claim: we have four great writers: Monsieur Octave Mirabeau, Monsieur Jarry, Monsieur Fargue and Monsieur Prudent-Devilliers (who was a local councillor in Montmartre)'. Aside from these written references to the lost painting, Yann Le Pichon has also discovered a wonderful early photograph of Fargue taken in his father's ceramics studio in about 1897 (see Fig. 1). This, and Fargues's own label of 1941 attached to the reverse of the painting, clearly confirm the identity of the sitter. Fargue's striking appearance led to a celebrated description of him in Saint-Georges de Boul‚lier's Le Printemps d'une gen‚ration (Nagel, 1946) where he writes: "C'‚tait un myst‚rieux jeune homme qui, par un costume de bonne coupe et par des maniŠres toutes empreintes d'un grand raffinement, se distinguait de notre petite bande, et dont les yeux de songeur attard‚ ‚taient bien plus d'un prince d'Orient que d'un enfant de Paris [...]. La figure d'une blancheur de cire, qu'ornait une barbe de rajah, ‚tonnamment noire, le regard doux et p‚n‚trant, et ne parlant que d'un ton bas et de confidence, comme s'il ne l'e–t fait que du fond d'un rˆve, et que pour ne nous raconter que les choses d'outre vie. Ce gar‡on nous avait trŠs vite conquis". We are extremely grateful to Yann Le Pichon for his tremendous help in cataloguing the present painting. In the following article Yann Le Pichon places the work in the context of Le Douanier Rousseau's oeuvre. "Depuis qu'il m'a ‚t‚ r‚v‚l‚ par son propri‚taire en juin 2000 et grƒce … sa mise en vente chez Christie's en juin 2001, la r‚apparition du portrait, in‚dit, de ce poŠte en herbe que fut en 1896 L‚on-Paul Fargue par le Douanier Rousseau, devient un ‚v‚nement d'une importance primordiale pour la compr‚hension r‚ciproque de l'un et de l'autre, et mieux encore pour une appr‚hension plus ‚clairante de l'histoire des sources de l'art dans la premiŠre moiti‚ du XXŠme siŠcle. Car, outre la red‚couverte d'un chef d'oeuvre aussi pregnant, deux raisons essentielles pourraient en faire un tableau-culte. Il est pr‚monitoire d'une part des intuitions qu'aura Picasso du Cubisme, d'autre part des visions oniriques des Surr‚alistes que pr‚c‚dŠrent, g‚nialement, la Boh‚mienne endormie, la Charmeuse de Serpent, et l'ultime Rˆve. Ce qui r‚unit, en effet, dans ce portrait fabuleux ces deux courants fondamentaux de l'art dit moderne, c'est que le Douanier y introduit, avant l'heure, la r‚int‚riorisation, sch‚matique non moins que th‚matique, de la peinture. C'est-…-dire qu'il opŠre le retournement des arts picturaux, devenus positivistes, de la description r‚aliste … la vision po‚tique, mythique, arch‚typale. Au vrai, ce fut une pr‚vision proph‚tique: Nous sommes les deux grands peintres de notre temps, dit-il … Picasso, toi dans le genre ‚gyptien, moi dans le genre modeste! Deux ans avant de le retrouver, et de l'authentifier le 11 mai 1941 par cette affirmation autographe sur un morceau de papier coll‚ au verso de la toile: Ce tableau est mon portrait par Henri Rousseau. L‚on-Paul Fargue, l'auteur du r‚cit nostalgique de ses promenades dans la capitale - "Le Pi‚ton de Paris", en raconte ainsi la rencontre providentielle: Je ne saurais terminer cette promenade dans Montparnasse sans rappeler que la premiŠre lampe qui s'alluma pour ‚clairer ce quartier d‚sormais c‚lŠbre dans le monde entier fut une vieille lampe … barbe, celle du Douanier Rousseau, qui habitait vers 1895 … l'avenue du Maine, tout contre le pont du chemin de fer. Au hasard des flƒneries et des caf‚s nous le d‚couvrŒmes un jour, Alfred Jarry et moi-mˆme. Il finit, non sans r‚fl‚chir, par nous emmener dans son atelier. Il ne devait pas tarder d'ailleurs … faire notre portrait chacun … notre tour. Il m'avait repr‚sent‚, moi, avec la barbe en pointe que je portais alors, devant une fenˆtre o— d‚filait un chemin de fer empˆtr‚ d'une fum‚e lourde comme le panache d'un chevalier... Je ne sais ce qu'est devenu ce portrait qu'il ne m'avait d'ailleurs pas donn‚. Il avait coutume de dire, … cette ‚poque: Nous avons quatre grands ‚crivains, M. Octave Mirbeau, M. Jarry, M. Fargue et M. Prudent-Dervillers (ce dernier ‚tait conseiller municipal du quartier ). Et Fargue d'ajouter, insistant sur une telle lumiŠre: le premier caf‚ o— se posa vraiment, pour l'‚clairer, cette vieille lampe de Rousseau, fut la Rotonde, qui ne se composait en ce temps-l… que d'un zinc et d'une petite arriŠre-salle aux glaces entiŠrement voil‚es d'une taie par la gravure de cent mille d‚clarations d'amour. Belle image que confirma l'acquisition par Picasso de l'autoportrait du Douanier Rousseau … la lampe … p‚trole, dont le visage sculpt‚ n'est pas sans ‚voquer, par l'intensit‚ de sa structuration, celui de Fargue! Les quatre critiques d'art qu'avait s‚lectionn‚s le Na‹f sont un choix qui correspondait … son espoir de les voir contribuer … sa renomm‚e qui lui importait tant face aux ‚reintements de la plupart des journalistes. Comme il attendra beaucoup de Guillaume Apollinaire, auquel il sera pr‚sent‚ par son jeune ami Jarry... Natif de Laval, mont‚ de sa province campagnarde La Mayenne, Henri-Julien Rousseau v‚cut jusqu'… sa mort en 1910 dans le quartier de Montparnasse, dit de Plaisance, ce qui lui valut le surnom donn‚ par Apollinaire d' Ange de Plaisance. Ayant habit‚ depuis 1893 au 44 avenue Maine, il emm‚nagea dans un appartement encore plus modeste au 14 de la mˆme avenue en 1896. Il fit le portrait d'Alfred Jarry pour le Salon des Ind‚pendants de 1895. Comment Jarry et Rousseau se sont-ils rencontr‚s et appr‚ci‚s au point que le peintre l'h‚bergea un moment chez lui? Il faut savoir que le pŠre d'Alfred, Anselme Jarry, ‚tait un camarade de classe … Laval du futur gabelon de Paris et qu'Alfred Jarry fut lui-mˆme au petit lyc‚e de Laval. Le futur auteur d' Ubu s'‚tait li‚ d'une amiti‚ intime, adelphique, avec un camarade de classe, L‚on-Paul Fargue, au lyc‚e Henri IV, o— ils se pr‚paraient … passer le concours de l'Ecole Normale. Dans une lettre du 5 mai 1893, Fargue incite Jarry … visiter le Salon des Peintres Ind‚pendants, si ce n'est ferm‚ ce qui est probable. En effet, ce salon prenait fin le 27 avril. Il est trŠs probable qu'avant leur rupture (au sujet de laquelle l'un et l'autre furent trŠs discrets, mais que l'on peut dater au plus tard d‚but 1895) ils se soient rendus ensemble au 10Šme Salon des Ind‚pendants de 1894 o— le Douanier Rousseau exposait notamment La Guerre. Jarry s'enthousiasme, l'‚voque dans l'Art Litt‚raire, puis dans Les Essais d'Art Libre. Jarry et Fargue viennent le voir dans son quartier de Montparnasse et boivent … sa sant‚ avant d'ˆtre introduits chez lui qui n'‚tait pas trŠs fier de son installation r‚duite. Le 26 juin, le peintre ‚crit … son jeune ami Jarry, qui s'est rendu … Laval puis en Bretagne pour y rencontrer Gauguin et Filiger, afin de le pr‚venir qu'il a bien pr‚par‚ la toile sur laquelle il fera son portrait; et il souhaite une bonne sant‚ aux chevaliers de la palette. C'est encore … Fargue que Jarry doit la d‚couverte des peintres de l'Ecole dite de Pont-Aven. Fargue avait en effet pr‚c‚d‚ Jarry, vers la fin ao–t 1893, … Pont-Aven o— il ‚tait all‚ dessiner et peindre. Ayant rencontr‚ Filiger au Pouldu, il s'y ‚tait ‚pris de son oeuvre et s'‚tait mˆme charg‚ de la promouvoir … Paris. Puis, brusquement, il s'‚tait vu perdre la confiance de Charles Filiger qui voulait r‚cup‚rer ses ‚tudes, comme en t‚moignent deux lettres, in‚dites, adress‚es du Pouldu … Fargue. En janvier 1895, dans le num‚ro 2 de l'Imagier, revue trimestrielle illustr‚e de gravures populaires, d'images d'Epinal et de dessins de jeunes peintre de Pont-Aven et du Pouldu amis de Guaguin (que Jarry avait cr‚‚e en octobre 1894 avec R‚my de Gourmont) paraissait une lithographie originale sur japon rouge d'aprŠs un dessin … la plume d'Henri Rousseau qui reprenait sch‚matique le sujet de sa Guerre. La revue proposait mˆme la vente du tableau. Fargue ne fut pas associ‚ … la r‚daction de lImagier, dont le premier num‚ro avait paru en octobre 1894, date de la publication par Jarry de ses Minutes de Sable Imm‚morial. Et ce fut en octobre 1895, puis en mars 1896, que paraissait la premiŠre du TancrŠde de Fargue dans la revue Pan. Le Douanier Rousseau pouvait donc les qualifier, l'un et l'autre, d'‚crivains. Et il est trŠs int‚ressant de noter que dans TancrŠde et sa po‚sie intitul‚e Ronde de trouve l'‚vocation du train qui deviendra lancinante ensuite dans l'oeuvre de Fargue, car dans son portrait le Na‹f sut pronostiquer cette obsession onirique. Avec ou sans Jarry, il est ‚vident, quoiqu'il en f–t de leur s‚paration, que Fargue retourna voir le peintre dans son atelier de l'avenue du Maine pour y poser et lui prˆter, peut-ˆtre, quelques photographies de lui. Celle, par exemple, qui le repr‚sente, ant‚rieurement … son incorporation militaire en novembre 1897, au milieu de l'atelier de c‚ramique de son pŠre. Cette photo, o— de sa blouse on voit se d‚tacher une cravate et un col dur, fait apparaŒtre une tˆte saillante et concentr‚e, au front large sous une sombre chevelure partag‚e sur le c“t‚ droit et dominant l'oreille gauche, dont les yeux profonds et le nez pronoc‚ sont accentu‚s par les sourcils, la moustache et la barbiche noirs. Elle n'est pas sans parent‚s avec son portrait par le peintre dont j'ai donn‚ la preuve qu'il op‚rait parfois … partir de photographies (ce qui explique la densit‚ de ses noirs) ou de gravures qu'il inversait pour donner le change. On peut d'ailleurs constater que la seule oreille que l'on voit … droite sur la dite photo se retrouve … gauche sur le tableau. En 1896, L‚on-Paul Fargue n'a que vingt ans. Or ce portrait admirable qui le cerne le concerne aussi: il le d‚finit dans son avenir que le peintre projette … travers son regard myst‚rieusement fascinant qui, nous faisant face, semble contempler, au bord d'un rideau th‚ƒtral, le paysage si po‚tique auquel pourtant il tourne le dos. Le Douanier Rousseau y inscrit la nostalgie profonde de son ƒme, la perspicacit‚ de son imagination cr‚trice, et une semblable candeur enfantine. Il y pr‚voit son oeuvre qui sera ensuite hant‚e par les gares et les chemins de fer. Le seul train que le Na‹f ait, … ma connaissance, peint, hors celui qui traverse Le portrait de Fargue, se trouve l'un de ses plus beaux tableaux paysagistes de Paris et de sa banlieue qu'il pr‚senta en 1886 … la premiŠre exposition de la Soci‚t‚ des Artistes Ind‚pendants: Vue du Point du Jour. Coucher de Soleil. On y voit … gauche un train, assez comparable … celui de Fargue, qui franchit le Viaduc d'Auteuil, proche du quartier de Passy que le jeune poŠte habita. De quelle pr‚monition a-t-il fait preuve en associant de si prŠs son modŠle … ce train, … cette locomotive dont le panache de fum‚e semble ‚chapper de la pipe flottante, qu'il ne tient mˆme pas dans sa main gauche surr‚aliste (main qui d‚signe et retient tout le paysage), pour lui entrer dans la tˆte du c“t‚ o— elle n'a pas d'oreille! Ce sont ses yeux qui ‚coutent, sans la voir, cette locomotive entraŒnante. En le campant ainsi, il le prescrit; un peu comme Picasso pourra dire … Gertrude Stein surprise par la densit‚ de son portrait: Rassurez-vous, vous finirez par lui ressembler! Notons que, contrairement aux c‚lŠbres portraits ant‚rieurs, dits <
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