Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan: Old Master and 19th Century Drawings: Lot 62
Eugène DELACROIX Charenton-Saint-Maurice, 1798 -Paris, 1863 Deux soldats marocains endormis dans un corps de garde à Meknès Aquarell...
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Eugène DELACROIX Charenton-Saint-Maurice, 1798 -Paris, 1863
Deux soldats marocains endormis dans un corps de garde à Meknès
Aquarelle gouachée sur traits de crayon noir
Cachet d'atelier en bas à droite (L.838a)
26,5 x 20,5 cm ( à vue)
h: 30,50 w: 24,30 cm
Provenance : Collection particulière, Paris
Expositions : 'Gros-Géricault-Delacroix', Paris, Galerie Berheim-Jeune, 1954.
Commentaire : Œuvres en rapport :
Aquarelle du même sujet, en largeur (18 x 30 ou 35 cm), répertoriée avec un croquis par Robaut (n°492, localisation inconnue)
Aquarelle de même sujet, en largeur (16 x 19 cm), donnée par Delacroix au comte de Mornay en 1833 (reproduite dans " Delacroix au Maroc ", Institut du Monde Arabe, 1994-1995, n°54, p.184). Robaut (n°507)
Aquarelle de même sujet avec quatre soldats (30,5 x 41,5 cm), datée de 1832 et exposée au Salon de 1833, conservée au musée Oscar Reinhart à Winthertur. Robaut n°1634.
Une huile sur toile en hauteur avec variantes (65,3 x 54,2 cm), datée de 1846, achetée par Louis-Philippe au Salon de 1847. Conservée au musée Von der Heydt à Wuppertal (Johnson n°374, repr.)
Une répétition de cette toile, faite par Delacroix en 1847, pour la Direction des Musées, M. de Cailleux, sur commande du Duc d'Aumale (Johnson, n°375, repr.), conservé au musée de Condé de Chantilly.
Notre aquarelle est une version inédite, qui vient heureusement compléter l'ensemble des versions répertoriées (voir ci-dessus).
Malgré son importance, elle ne fut pas vendue séparément lors de la vente d'atelier, mais sans doute dans un lot sur le Maroc car le sujet n'est pas spécifié. On note quelques variantes avec les deux huiles sur toile en hauteur : les fusils ne reposent plus sur le mur de droite mais sur celui du fond, la composition n'étant plus fermée mais ouverte à droite. La position de la fenêtre change également : elle n'est plus sur le mur du fond mais sur le mur de gauche. Le piquet sur lequel pend l'harnachement du cheval est plus bas sur le mur du fond et il n'y en a pas de deuxième sur le mur de gauche. L'absence de plafond contribue à aérer la composition, qui baigne dans une lumière orangée suggérée par un lavis très léger. Le dormeur adossé au mur a refermé sa couverture comme un linceul, tandis que son bras s'échappe sur les deux versions peintes.
Le 16 mars 1847, Delacroix note dans son " Journal " à propos du tableau du Salon de 1847 : " Grevier me dit que le ton qui est violet dans la partie supérieure du tableau des " Marocains endormis " aurait fait également la lumière de la lampe, étant orangé. Je crois qu'il a raison : témoin le terrain dans l'Othello (Johnson 291), qui était violâtre et que j'ai massé d'un ton orangé. "
Maurice Arama, dans son texte sur le Voyage de Delacroix au Maroc écrit pour l'exposition de l'Institut du monde Arabe (1994-1995), décrit merveilleusement la visite par Delacroix, en compagnie de son guide Benchimol, le 23 mars 1832, du Palais royal de Meknès : " La délégation française venait d'obtenir une " faveur inouïe ", celle de visiter la résidence royale (...). Les pavillons semblaient avoir été désertés par leurs hôtes, et seuls quelques moghaznis nonchalants jouissaient par endroit de la quiétude du havre. Après avoir erré dans les couloirs et les allées, admiré plusieurs kiosques, les quatre hectares du bassin de l'Aguedal, de gigantesques silos voutés aux piliers cyclopéens, parcouru des chemins en friche et traversé un jardin " plus agrestes ", la délégation avait regagné en fin de journée Berrima ."
Maurice Arama que nous remercions vivement pour son amabilité, nous a communqiué également les précisions suivantes : "La sécurité fut renforcée autour de la délégation française lors du séjour qu'elle fit à Meknès du 15 mars au 5 avril 1832. On disait les esprits populaires très échauffés suite aux exactions des troupes françaises dans les provinces limitrophes du Maroc. On craignait d'autre part, après le passage peu de jours auparavant d'une délégation algérienne venue solliciter le soutien de l'Empereur du Maroc, des getes fâcheux. En conséquence des soldats furent installés, de jour comme de nuit, dans les passages qui donnaient accès à la résidence des hôtes. Delacroix a observé l'installation très spartiate des soldats de l'empereur. Les occupants vivaient avec leurs armes et leurs harnachements.
Sur cette aquarelle d'une extrême délicatesse qui préfigure celle que Delacroix donna à Mornay, l'artiste a représenté dans son haïk blanc, adossé contre le mur, le caïd Mohammed Ben Abou ben Abdelmalek. La figure du chef de la cavalerie de Tanger, compagnon de voyage de Delacroix est reconnaissable sur un grand nombre d'oeuvres marocaines nées après ce voyage."
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